Paru dans Le Figaro, le 13 avril 2017

 

« Un testament français : une vieille dame riche se cherche un héritier

C’est fou ce que l'on peut dire en cent vingt pages : raconter un pan de l'histoire de France ; se poser la question existentielle de la transmission ; faire le portrait d'une vieille dame à l'heure du bilan ; et évoquer l'adoption, les secrets de famille… Dans son nouveau roman, Pascale Roze reprend les mêmes “ingrédients” qui lui avaient valu le Goncourt en 1996 avec Le Chasseur Zéro : le travail de mémoire, la hantise des fantômes du passé, la “fouille” dans les archives familiales. Chez la romancière, ce n'est pas une question de recette, mais une obsession spirituelle et affective, une sorte de quête, livre après livre.

Dans Lonely Child (référence au compositeur québécois Claude Vivier, présent dans le texte), la romancière brosse le portrait d'Odile Mourtier. Cette dame de quatre-vingt-dix ans est richissime grâce à la fortune amassée par sa famille dans l'industrie gantière – Jackie Kennedy portait ces gants. Mourtier n'a pas d'enfant ni d'héritier. Elle a bien investi une partie de son argent dans une fondation musicale pour promouvoir le musicien québécois, mais il meurt assassiné en 1983.

Une relation incroyable

Nous sommes aux derniers jours du XXe siècle, c'est alors qu'elle se remémore son histoire familiale et celle de son grand-père, officier engagé au Maroc au début du protectorat français en 1912. Elle se souvient d'Amazouz, enfant abandonné dans la rue, qui aurait été adopté par ce grand-père courageux et aimé des Marocains. La vieille dame entre en contact avec Tariq, le petit-fils d'Amazouz, professeur d'université. Il sera son héritier : c'est annoncé dès la première page. Elle comprend, aussi, que nos proches sont des inconnus. Mais le plus important est cette relation incroyable qui se noue entre Odile Mourtier et Tariq, une relation apaisée et respectueuse traversée par une Histoire pourtant tourmentée. Que peut-on transmettre ? Voilà sans doute la question la plus intéressante qui puisse se poser. Pascale Roze, avec son écriture tout en dentelle et son art subtil de mener un récit, interroge plus qu'elle ne répond. Elle y glisse un vent d'optimisme et de fraîcheur avec ce personnage qui refuse la fatalité et la répétition des scénarios.
Dans les dernières pages, la mort rime avec “le jour se lève
. »

(Mohammed Aïssaoui)